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Une récente étude menée au Niger vient d’aboutir à la conclusion qu’une administration orale à dose unique d’un antibiotique appelé ciprofloxacine peut aider à réduire la propagation de la méningite à méningocoques.
 
Les chercheurs ont découvert que le nombre de nouveaux cas de la maladie dans les localités concernées par l’étude était de 60% inférieur au chiffre enregistré ailleurs.
 
Le mécanisme de la prévention par cet antibiotique est relativement simple, si l’on en croit les explications de Matthew Coldiron, chercheur à Médecins sans Frontières (MSF) et auteur principal de l’étude.

“Si la vaccination et l'amélioration du niveau de vie restent la meilleure approche pour prévenir la méningite, cette étude semble montrer une alternative réelle dans les situations d'urgence, comme en cas d'épidémie.”

Martin Springsklee

Selon ses dires, le méningocoque, le germe qui provoque la méningite, colonise les membranes muqueuses du nez et de la gorge, mais ne provoque généralement pas de maladie, excepté chez quelques personnes, en particulier pendant les épidémies.
 
Dans ce cas, "le germe traverse la circulation sanguine et finit par ensemencer la paroi du cerveau, provoquant une méningite. La dose unique de ciprofloxacine est suffisante pour éliminer le germe des muqueuses, ce qui réduit le risque de maladie invasive", conclut-il.
Infographic Niger
Pour les besoins de cette étude dont les résultats ont été publiés fin juin dans la revue PLoS, chaque cas suspect de méningite donnait lieu à une administration aux contacts du patient d’une dose orale unique de ciprofloxacine dans les 24 heures suivant la notification du cas suspect.
 
Parallèlement, une large distribution de ce même médicament était effectuée dans tout le village, dans les 72 heures suivant la notification.
 
A l’arrivée, les chercheurs ont constaté que le nombre de nouveaux cas de la maladie dans les 49 villages concernés par l’étude était de 60% inférieur à la valeur obtenue dans les autres villages du district.
 

Développement clinique

Cette conclusion de l’étude ne surprend guère le laboratoire allemand Bayer, fabricant de la ciprofloxacine.
 
"Au cours du développement clinique, nous avons mené plusieurs essais qui ont confirmé qu'une dose unique de ciprofloxacine est une prophylaxie efficace et bien tolérée contre les infections à méningocoques", affirme en effet Martin Springsklee, responsable des affaires médicales chez Bayer.
 
Répondant à la sollicitation de SciDev.Net, ce dernier ajoute cependant que "Bayer recommande généralement d'obtenir des informations locales sur la prévalence de la résistance à la ciprofloxacine et de confirmer la sensibilité sur la base de tests en laboratoire."
 
Car, dit-il, "comme avec tous les autres médicaments, une hypersensibilité et des réactions allergiques peuvent déjà se produire après une dose unique."

Tableau des cas de méningite en 2016

Concernant cette résistance aux antibiotiques, devenue source majeure d’inquiétude chez les chercheurs et les professionnels de la santé, Matthew Coldiron, rassure : "il y a très peu de cas de résistance du méningocoque à la ciprofloxacine et nous sommes rassurés du fait que dans tous les cas, la ciprofloxacine ne soit pas utilisée pour le traitement de la méningite".
 
"En fin de compte, dit-il, nous devons équilibrer les risques potentiels par rapport aux avantages. Dans le cadre de l'essai nigérien, le bénéfice de la ciprofloxacine à dose unique semble l'emporter sur le risque potentiel de résistance aux antimicrobiens".
 

Schémas de transmission

Pour sa part, Aldiouma Diallo, chercheur à la représentation de l’Institut de recherche pour le développement (IRD) à Dakar au Sénégal, inscrit les résultats de cette étude dans le cadre du recours à d’autres moyens pour lutter contre les maladies infectieuses à leur début, en ciblant les contacts des patients, pour limiter la propagation de ces maladies, en attendant la vaccination.
 
"Cette utilisation a donc une action préventive très limitée, ne pouvant être étendue à une grande masse où seule la vaccination est efficace", dit-il.
 
Justement, "l'étude a été réalisée en milieu rural et il est possible que les schémas de transmission du méningocoque soient différents dans une grande ville", concède Matthew Coldiron.
 
Ce dernier et son équipe se disent d’ailleurs prêts à évaluer la stratégie dans une zone urbaine, mais il reconnaît que cela pourrait être difficile à réaliser.
 
Au final, martèle Aldiouma Diallo, "le vaccin est le seul moyen efficace d'arrêter les épidémies infectieuses et c'est la raison pour laquelle il y a des vaccins disponibles contre les principaux responsables d'épidémies de méningite bactérienne : méningocoque, haemophilus, pneumocoques".
 
Les auteurs de la recherche n’en disconviennent pas. Mais, disent-ils, "étant donné que l'offre de vaccins est limitée et que les campagnes de vaccination réactives se produisent souvent trop tard, la stratégie de prophylaxie à grande échelle est potentiellement très importante pour les futures épidémies."
 

Alternative

Même son de cloche chez Bayer où Martin Springsklee soutient que "si la vaccination et l'amélioration du niveau de vie restent la meilleure approche pour prévenir la méningite, cette étude semble montrer une alternative réelle dans les situations d'urgence, comme en cas d'épidémie".
 
Selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), "la méningite à méningocoques est observée partout dans le monde, mais c’est dans la ceinture de la méningite, qui s’étend en Afrique subsaharienne du Sénégal à l’ouest jusqu’à l’Éthiopie à l’est, que le fardeau de la maladie est le plus lourd".
 
Ainsi, 30.000 cas environ sont signalés chaque année dans cette zone, où la maladie a un taux de létalité pouvant atteindre 50% lorsqu’elle n’est pas traitée.
 
Pour Aldiouma Diallo, "le principal défi à relever dans le traitement de la méningite est le dépistage à temps de la maladie qui pourrait être confondue avec d'autres affections de par certains signes".
 
En guise de solution, "il serait bon d’avoir une bonne surveillance épidémiologique, notamment syndromique et biologique, de façon hebdomadaire ou mensuelle, à travers les reports des données recueillies dans les structures sanitaires", propose ce chercheur qui fait partie des experts qui ont travaillé sur la mise au point en 2010 du MenAfrivac, le vaccin utilisé dans la ceinture de la méningite.

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