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Selon une étude partiellement rendue publique lors d'une conférence régionale à Dakar, une fiscalité forte est le seul levier efficace dans la lutte contre le tabagisme.
 
L'étude, menée par le Consortium pour la recherche économique et sociale (CRES), estime que le tabagisme a coûté 122 milliards de FCFA à la société sénégalaise en 2017, pour ne lui en rapporter que 24 en taxation, soit une perte sèche de 98 milliards de Francs CFA.
 
Engagée depuis 2011 sur financement du Centre de recherches pour le développement international (CRDI) du Canada, elle a fait l'objet, le mois dernier (10 et 11 juillet) d'une conférence de restitution des résultats de recherche, sous le thème : "Des solutions fiscales pour une réduction optimale du tabagisme en Afrique de l’Ouest."
 
Les chercheurs estiment qu'une réduction du poids des maladies non transmissibles (MNT) liées au tabagisme dans les dépenses des hôpitaux permettrait de mieux prendre en charge d'autres maladies.
 
Selon Nafissatou Baldé Sow, gestionnaire de projet au CRES, la taxation sur le tabac "retarde le moment de la première cigarette, rationne la consommation, voire motive l’arrêt, et génère des recettes fiscales pour l’État".

Cigarette 1

Les chercheurs notent également que les ménages supportent une part plus importante des coûts totaux liés au tabagisme que l'État - ils perdent annuellement 71 milliards, tandis que l'État n'en perd que 51.
 

Décourager les fumeurs

Outre la sensibilisation, l'étude recommande à l'État du Sénégal d’augmenter régulièrement les taxes sur les produits du tabac, afin de décourager sa consommation et de collecter des recettes fiscales à un niveau qui permet de compenser une grande partie des coûts.
 
Les chercheurs se sont particulièrement intéressés à l'impact du prix du tabac sur l'arrêt de la consommation dans deux pays ouest-africains : le Sénégal et le Nigeria.
 
L'enquête a été menée auprès de personnes âgées de 15 ans et plus, vivant dans des ménages ordinaires, soit un échantillon de 432 fumeurs au Nigeria et 315 au Sénégal.

Cigarette1bis

Ce tableau montre que pour une augmentation du prix du tabac de 10%, le taux d'arrêt de la consommation est deux fois plus élevé dans les PVD que dans les pays développés - Infographie : SDN.

Les résultats ont montré qu’au Nigeria, une augmentation d'une unité du prix de la cigarette fait augmenter le pourcentage de chance d'arrêter le tabac d'environ 2%.
 
En revanche, au Sénégal l’étude n’a pas noté une corrélation semblable.
 
Yona Mané, économiste au CRES et chef de l’équipe de recherche, a expliqué à SciDev.Net que la sensibilité du consommateur par rapport au prix varie d’un pays à l’autre et est basée sur le fait que quand le prix augmente, certains fumeurs peuvent cesser de fumer.
 
"Selon notre étude, l'arrêt va être plus prononcé au Nigeria qu’au Sénégal, parce que le consommateur nigérian est plus sensible au prix", a-t-il précisé.
 
Le chercheur rappelle en outre que "l’OMS veut que chaque pays ait 70% de part de taxes d’accises dans les prix, mais l’état actuel de l’économie ne permet pas d’avoir ce niveau et vu que le barème de taxation est très faible, il faut recourir à une augmentation sans complexe."
 
Toutefois, selon le CRES, les États doivent aussi mener cette lutte de manière coordonnée.
 

Contrebande

En moyenne, 18% des produits du tabac sont vendus de façon illicite dans les pays de la Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest (CEDEAO).
 
Les 15 pays du bloc régional perdent en moyenne 19% de recettes fiscales sur les produits du tabac et connaissent une hausse moyenne de la consommation de 3%, à cause du commerce illicite.
 
"Nous avons analysé la consommation supplémentaire engendrée par le commerce illicite et la baisse de recettes fiscales que cela occasionne", explique encore Yona Mané.
 
"L’un des résultats a montré que ce n’est pas le niveau de prix qui explique le commerce illicite dans un pays, mais plutôt le différentiel de prix entre des pays frontaliers", poursuit-il.
 
Peu après la rencontre de Dakar, le gouvernement sénégalais a ordonné une hausse de 20% sur les produits liés au tabac, faisant passer les taxes d’accise de 45 à 65%.
 
Cette hausse répond aussi au souci de se conformer à la nouvelle directive de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA) portant harmonisation des législations en matière de droits d’accises applicables aux tabacs par les huit pays membres de la région ayant en partage le Franc CFA.
 
Pour sa part, la société civile apprécie les mesures de l’État sénégalais.
 
Djibril Wélé, ancien secrétaire exécutif de la Ligue sénégalaise de lutte contre le tabac (Listab), estime, dans un entretien avec SciDev.Net, que "ce qui est intéressant, c’est que cette augmentation des taxes se répercute sur les prix."
 
"Auparavant, il y avait des augmentations légères qui n’affectaient pas le prix final d’achat. Il faut que les consommateurs sentent l'augmentation dans le prix d'achat. C’est le cas, cette fois : le paquet d’une marque connue de cigarettes passe de 800 Francs à 1000 Francs CFA ; un autre monte de 500 à 700 Francs."
 

Faible taxation

Par ailleurs, les militants anti-tabac déplorent que dans les pays de la CEDEAO, le total des taxes, hors TVA, ne représente que 30 % du prix moyen de vente des cigarettes, alors qu’il est de 62% en moyenne dans les pays de l’Union européenne.
 
Il est à noter que ces ratios restent en deçà du taux d’au moins 70% fixé par le manuel technique de l'OMS sur l'administration des taxes prélevées sur le tabac, un instrument de la Convention-cadre de l'OMS pour la lutte anti-tabac, qui recommande que les droits d’accise sur le tabac représentent au moins 70 % du prix de vente au détail des produits du tabac.
 
Ces recommandations sont établies suivant un raisonnement selon lequel "augmenter les taxes sur le tabac de sorte qu’elles représentent au moins 70% du prix de détail conduirait à des hausses de prix significatives, encouragerait de nombreux fumeurs à s’arrêter de fumer et dissuaderait bien des jeunes de commencer, d’où, in fine, une diminution importante du nombre des décès et maladies causés par le tabagisme."
 
Au Sénégal, la hausse des taxes est une nouvelle étape de la lutte contre le tabagisme, engagée par les autorités, après le vote d’une loi anti-tabac en mars 2014 et l’introduction de mises en garde sanitaires qui couvrent jusqu’à 70% des deux principales faces des paquets de cigarettes.

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