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Le ministère de la Santé publique du Cameroun (Minsanté) a publié début juillet des normes et standards en matière de santé de reproduction et de planning familial dans le pays.
 
Produits en collaboration avec le Fonds des Nations unies pour la population (UNFPA) et l’Association camerounaise pour le marketing social (ACMS), ces documents décrivent entre autres la conduite à suivre en cas d’avortement, entendu comme toute interruption (volontaire ou nom) de la grossesse avant la 22e semaine.
 
Le protocole recommande par exemple que "la méthode chirurgicale qui est l’aspiration manuelle intra-utérine [soit] utilisée lorsque l’âge de la grossesse est inférieur ou égal à 12 semaines". Tandis que "au-delà de 14 semaines, on aura recours au curage ou aux traitements médicamenteux". 

“Nous avons constaté que des cabinets de soins qui sont censés faire de simples pansements font des avortements, voire des césariennes alors qu’ils n’ont pas un plateau technique adapté”

Mbu Robinson Enow, directeur de la santé familiale, Minsanté, Cameroun

 
Ainsi, "plus l’âge de la grossesse est avancé, plus le traitement nécessité une équipe plus spécialisée et un équipement plus important", peut-on lire dans l’un des documents.
 
Place ensuite aux soins après avortement dont les normes prévoient cinq composantes : les soins d’urgence, le counseling après avortement, la planification familiale, les liens avec les autres services de santé de la reproduction et les liens avec la communauté.
 
En tout état de cause, prescrit le Minsanté, "l’avortement thérapeutique doit être fait dans une formation sanitaire de 4e, 2e, 3e et 1ère catégories" et "la patiente doit être internée pendant tout le processus".
 
Au cours de la conférence de présentation de ces normes, SciDev.Net a appris que les directives sur le volet avortement étaient une sorte de réponse à une étude publiée en août 2017 dans la revue Pan African Medical Journal et intitulée "Contribution des avortements et des grossesses extra-utérines dans la mortalité maternelle dans trois hôpitaux universitaires de Yaoundé".
 
Une étude qui conclut que les avortements (24%) et les grossesses extra-utérines (5,8%) contribuent pour 30% aux décès maternels.  
 
 
Interrogé par SciDev.Net, Mbu Robinson Enow, directeur de la santé familiale au ministère de la Santé publique du Cameroun et un des auteurs de ces normes, a précisé que ces décès sont surtout consécutifs à des avortements mal effectués, des interruptions volontaires ou spontanées de grossesse non ou mal encadrées.
 
"Au cours de nos travaux, nous avons constaté par exemple que des cabinets de soins qui sont censés faire de simples pansements font des avortements, voire des césariennes alors qu’ils n’ont pas un plateau technique adapté à ce type d’opération", s’indigne ce dernier qui est par ailleurs enseignant de gynécologie obstétrique à la faculté de médecine de l’Université de Yaoundé I.
 
Pauline M., sage-femme en service au centre médical d’arrondissement de Limbé dans le sud-ouest du pays se rappelle un exemple qui illustre cette situation : "Nous avons reçu en urgence récemment une jeune fille de 16 ans qui avait essayé de se débarrasser d’un fœtus de 25 semaines en vain. A son arrivée à l’hôpital, la partie inférieure de l’enfant était hors de son vagin et la partie supérieure, à l’intérieur".
 
En effet, selon l’étude réalisée en 2017, la tranche d'âge de 20 à 24 ans est la plus représentée (33,1%) dans cette mortalité du fait de l’avortement, suivie de celle de 25 à 29 ans (24,19%)
 
Tout près de l’université de Douala, la principale pharmacie qui ravitaille les étudiants confirme ces constats en affirmant que "nous vendons en moyenne 50 kits pour avortements par semaine et ce sont des jeunes filles qui les achètent le plus".
 
 
Le droit camerounais considère pourtant l’avortement comme une infraction pénale et le punit d’une peine d’emprisonnement et d’une amende, sauf en cas de viol ou de menace pour la santé de la mère.
 
Dans le même sens, le protocole de Maputo, adopté sous l’égide de l’Union africaine en 2003 et ratifié par le Cameroun en 2009, autorise "l’avortement médicalisé, en cas d’agression sexuelle, de viol, d’inceste et lorsque la grossesse met en danger la santé mentale et physique de la mère ou la vie de la mère ou du fœtus".
 
Sauf que dans la pratique, des médecins et établissements hospitaliers se permettent tout, avec les conséquences que l’on peut imaginer, s’indignent les auteurs des normes qui viennent d’être élaborées.
 
"Les risques vont de l’hémorragie à la perforation utérine en passant par une infection de l'utérus pouvant s'étendre dans tout le ventre, les trompes bouchées, l'infertilité, voire la mort", énumère Jacques Tsingaing, gynécologue obstétricien et vice-président de la Société des gynécologues obstétriciens du Cameroun.
 
Celui-ci conseille de "bien encadrer un avortement quand cela est nécessaire et de le faire dans un centre hospitalier adéquat".
 
Les normes et le protocole récemment publiés par le Minsanté s’adressent aux responsables d’hôpitaux, aux médecins et autres professionnels de la santé. Et le gouvernement camerounais envisage des contrôles inopinés et des sanctions fermes pour s’assurer que ces directives sont respectées.