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Contrairement à ce qu’on a l’habitude d’affirmer, les conflits en Afrique sont plus souvent motivés par l’abondance de nourriture que par sa rareté. Telle est la conclusion d’une étude passée presque inaperçue, mais publiée dans l’American Journal of Agricultural Economics en février 2018.
 
Partant du fait que les groupes armés et les communautés en Afrique dépendent des aliments produits localement, l’étude affirme en effet que "ces acteurs sont susceptibles d'utiliser la violence pour exercer un contrôle sur davantage de ressources alimentaires ou pour s’établir là où plus de nourriture est disponible".
 
Pour arriver à cette conclusion, Ore David Koren, doctorant au département de science politique à l’université du Minnesota (Etats-Unis) et auteur de ces travaux, a étudié plusieurs conflits en Afrique, à l’instar de la rébellion des Mau Mau au Kenya (1950), de la guerre civile en Sierra Leone (1990) ou encore des crises de la Corne de l’Afrique.

“Il faut repenser la gouvernance en Afrique. Afin de passer de la promotion de l'autorité de l'État à la renégociation de l'utilité de l'État et développer des réflexes qui protègent tous les individus et toutes les communautés”

Fonteh Akum, chercheur principal - ISS, Dakar

Interrogé par SciDev.Net, il s’explique : "Les griefs, en particulier sur l'appropriation de terres agricoles fertiles par les colons coloniaux, étaient une raison importante pour la formation des Mau Mau, et aussi pour pousser beaucoup de gens à les soutenir".
 
Concernant la Sierre Leone, Ore David Koren affirme que si les ressources alimentaires n’étaient "probablement pas" la cause du conflit, elles ont servi à l’alimenter.
 
"Par exemple, dit-il, les troupes gouvernementales étaient payées avec des sacs de riz, mais les généraux situés dans la capitale s'appropriaient fréquemment ce paiement. Cela a obligé les troupes à "vivre de la terre" et à recourir à la violence contre les civils pour voler des produits alimentaires. De même, les forces du RUF[1] ont souvent brûlé des fermes pour détruire les ressources alimentaires nécessaires et empêcher l'armée d'y accéder.
 
A l’Institut d’études de sécurité (ISS[2]) qui étudie les conflits armés en Afrique, les résultats de cette recherche sont cependant accueillis avec réserve.
 
Chercheur principal au bureau de l’ISS à Dakar (Sénégal), Fonteh Akum affirme que "cette conclusion, bien qu'intéressante et stimulante, reste plutôt problématique".
 
"Il est extrêmement difficile d'évaluer dans quelle mesure un seul facteur, en l'occurrence, l'abondance des aliments, entraîne des conflits sur un continent aussi complexe que l'Afrique", dit-il.
 
"Encore plus problématique est la méthodologie sélective qui semble être adaptée pour arriver à cette conclusion", ajoute-t-il.
 

Facteurs sociopolitiques

En effet, pour Fonteh Akum, "les facteurs sociopolitiques et économiques s'entremêlent pour alimenter les conflits sur le continent. Ces facteurs restent cependant très subjectifs, dynamiques et doivent être compris à travers des inflexions localisées et leurs connexions régionales et mondiales. Cette variation locale explique en partie pourquoi les mêmes conditions dans deux pays distincts produisent des effets très différents à court terme".
 
Ore David Koren semble répondre à ces observations en précisant que "la clé de ce document est que la cause première de la violence alimentaire n'est pas nécessairement une production agricole faible ou élevée, mais plutôt un accès limité à la nourriture et le manque de filets de sécurité sociale pour ceux qui risquent de se retrouver en insécurité alimentaire".
 
"Certains chercheurs qui étudient la façon dont la pluie affecte les conflits ont constaté des effets similaires à ceux de la mienne, à savoir que les conflits et la violence se produisent plus souvent lorsqu'il y a plus de précipitations ou en l'absence de sécheresse", poursuit le chercheur américain.
 
"Les données sur la production locale de blé et de maïs utilisées dans cette étude sont parmi les meilleures et les plus détaillées sur le terrain. Elles constituent un indicateur très efficace de la production alimentaire et permettent d'analyser les variations de rendement au fil du temps, ce qui rend les résultats plus fiables", ajoute-t-il encore.
 

Solution

Les deux experts rapprochent cependant leurs visions sur les moyens possibles de réduire la fréquence des conflits en Afrique.
 
Pour Fonteh Akum, la solution est "de repenser fondamentalement, collectivement et inclusivement la gouvernance en Afrique. Afin de passer de la promotion de l'autorité de l'État à la renégociation de l'utilité de l'État et de développer des réflexes naturels qui protègent socialement tous les individus et toutes les communautés".
 
Quant à Ore David Koren, il trouve que "une participation politique accrue peut priver certains groupes rebelles de leur raison d'être".
 
Tout comme "le renforcement de la capacité du gouvernement à faire respecter les droits de propriété dans les zones rurales et agricoles réduit la nécessité pour les communautés de s'appuyer sur les milices locales qui sont une force particulièrement déstabilisatrice".

Références

[1] Revolutionary United Front (Front révolutionnaire uni)
[2] Institute for Security Studies, dont le siège est à Pretoria (Afrique du Sud), avec des bureaux à Addis Abeba (Ethiopie), Nairobi (Kenya) et Dakar (Sénégal).