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[DIAMNADIO] La semaine dernière, Diamniadio, la nouvelle ville en plein développement à quelque quarante kilomètres de Dakar au Sénégal, a vibré pendant six jours au rythme de la septième conférence de l’Initiative multilatérale sur le paludisme (MIM).
 
Après avoir assisté à l’événement, je me rends compte que dans le combat qui oppose Molière à Shakespeare dans les labos, ce dernier semble avoir pris une sérieuse option pour la victoire.
 
Parlé dans plus de 90 pays dans le monde et par près de 400 millions de locuteurs natifs, l’anglais s’est imposé comme langue dominante dans les disciplines scientifiques et ce, depuis le siècle dernier, avec des proportions dépassant les 90% des publications scientifiques dans les années 90.

“Il ne reste que la recette qui fait aujourd’hui le succès de l’anglais comme langue scientifique : investir massivement dans la recherche, dans l’espace francophone”

Bilal Taïrou

 
C’est un fait, la langue anglaise éclipse toutes les autres lors des grandes rencontres scientifiques internationales.
 
Ce qui a encore été le cas ici, où l’on s’étonne encore de la proportion écrasante d’anglophones face aux francophones, ce qui pourrait amener à se croire sur un campus d’Accra, de Johannesburg ou encore de Nairobi.
 
Ce constat n’est pas passé inaperçu auprès de certains experts francophones, à l’instar de Pépin Miyigbéna, conseiller technique principal du programme Human Resources for Health in 2030 (HRH2030) en Côte d’Ivoire, qui déplore que "bien que nous soyons ici dans un centre qui porte le nom d’un ancien président de l’Organisation Internationale de la Francophonie - Abdou Diouf en l’occurrence -, nous venons de passer plusieurs jours sans parler le français".
 
Comment expliquer par exemple que lors d’une conférence qui se déroule dans un pays francophone, des Ivoiriens - donc francophones - soient obligés de faire une présentation concernant un pays francophone - la Côte d’Ivoire - , en anglais ?
 
Je suis de l’avis de Célestin Nsibu, professeur à l’Université de Kinshasa et président du comité scientifique de lutte antipaludique en République démocratique du Congo (RDC), lorsqu’il estime que "le français semble toujours chercher son chemin dans les disciplines scientifiques".
 
Loin d’être facilement acceptée par bien des chercheurs francophones, la situation soulève au contraire à leur niveau, des préoccupations.
 
"Le français est un héritage colonial et il est dur de s’en défaire. Toutefois, nous devons faire l’effort de ne pas nous laisser travestir une fois de plus, en menant nos recherches et en publiant nos articles en anglais, une langue qui est d’ailleurs aussi, ici, un héritage colonial", plaide pour sa part la pharmacienne Rachidatou Garba, du Niger.
 
Deux solutions face à cette situation : relancer le dogme du français sacré et le défendre contre vents et marées, même avec des résultats tout relatifs, ou se mettre à l’anglais.
 
La première solution me semble utopiste. En témoigne l’échec de la loi Toubon de 1994, en France, relative à l'emploi de la langue française dans l'enseignement supérieur.
 
Il ne reste donc que la recette qui fait aujourd’hui le succès de l’anglais comme langue scientifique : investir massivement dans la recherche, dans l’espace francophone et avoir le courage de reconnaitre sa place à l’anglais ; surtout, ne pas avoir honte de faire le pas vers l’autre pour apprendre sa langue, au risque de le voir faire la démarche inverse.