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Selon Gulrez Azhar, la climatisation n'est pas la solution idéale pour faire face à la hausse des températures mondiales.
 
Le début de l'année a été très chaud dans le sud de l'Australie où les températures ont grimpé à plus de 46 degrés Celsius. La chaleur a fait fondre l’asphalte, poussé le réseau électrique au maximum de ses capacités et tué des centaines de bébés chauves-souris.
 
Dans la plupart des scénarios de changement climatique, les températures devraient augmenter. La nouvelle température normale la plus chaude entraînera plus de vagues de chaleur. Certes, les bébés chauves-souris sont plus vulnérables à la chaleur que les humains, mais les études suggèrent que la chaleur dans l'avenir dépassera la capacité d'adaptation humaine. Que fera alors l'humanité pour survivre ?

“Garder une ampoule de 100 watts allumée pendant un an brûle plus de 322 kg de charbon et libère jusqu’à 840 kg de dioxyde de carbone en plus du GES comme le dioxyde de soufre et les oxydes d'azote. Un climatiseur typique utilise 15 fois cette quantité”

Gulrez Shah Azhar

La réponse n'est pas aussi simple que d'allumer la climatisation, qui est un processus gourmand en énergie. Pour faire fonctionner le climatiseur, l'électricité produite à partir de combustibles fossiles - charbon et pétrole - est principalement utilisée. Et les deux carburants émettent des gaz à effet de serre (GES) lorsqu'ils brûlent.

Garder une ampoule de 100 watts allumée pendant un an brûle plus de 322 kilogrammes de charbon et libère jusqu’à 840 kilogrammes de dioxyde de carbone en plus du GES comme le dioxyde de soufre et les oxydes d'azote. Un climatiseur typique utilise 15 fois cette quantité. Si les milliards de personnes en Asie et en Afrique qui ne sont pas encore sur le réseau électrique sont ajoutées à l'équation du climatiseur, cela crée un énorme problème.
 
Refroidir l'air de cette façon réchauffe la planète tout en dépendant d'un processus très inefficace. Seulement 40% du charbon brûlé est converti en électricité utilisable, le reste étant perdu sous forme de chaleur. Les hydrofluorocarbures (HFC) et autres réfrigérants utilisés dans la climatisation et la réfrigération sont eux-mêmes de puissants GES.

Donc, en plus de la plus grande demande en énergie, il y a aussi le risque que le changement climatique soit exacerbé par la libération accrue de ces gaz dans l'atmosphère. La climatisation contribue au réchauffement de la planète et gaspille de l'énergie.
 

Adaptation à la chaleur

De nombreuses régions de l'Afrique et de l'Asie du Sud étendent lentement leurs réseaux électriques, et il serait stupide que ces régions s'appuient principalement sur la production d'électricité traditionnelle pour faire face à la chaleur et répondre aux besoins énergétiques des populations croissantes.

Les pays développés comme l'Australie ont pris conscience de la nécessité de nouvelles combinaisons d'énergies renouvelables, de solutions énergétiques hors réseau telles que l'éclairage domestique à énergie solaire et d'options de refroidissement qui impliquent l'adaptation des modes de vie à la chaleur.
 
J'ai grandi dans l'Uttar Pradesh, l’Etat le plus peuplé et l’un des moins développés de l'Inde. Mes souvenirs d'enfance incluent de longues pannes d'électricité - annoncées et non annoncées - durant des étés chauds et brûlants.

Pour se rafraîchir, nous avions l'habitude de nous pulvériser de l'eau les uns sur les autres à partir d’un seau et d'utiliser diverses techniques traditionnelles d'atténuation et d'adaptation à la chaleur, notamment rester à l'intérieur ou à l'ombre, jouer le soir et étudier tôt le matin. Cela n'a pas fait disparaître notre malaise, mais nous avons survécu.
 
Alors que l'électricité est un phénomène relativement récent, les gens ont probablement été forcés de survivre sous une chaleur cuisante depuis des temps immémoriaux. Leurs expériences peuvent aider à guider les efforts actuels pour créer une triple alternative énergétique enracinée dans les énergies renouvelables, les solutions hors réseau, et le refroidissement non énergivore.
 

Logements adaptés à la chaleur

Les populations locales de l'Inde à la Namibie ont développé des types de logements adaptés à la chaleur. En Inde, les maisons aérées sont faites de matériaux résistants à la chaleur tels que des poutres en bois avec des murs de briques plâtrés (au lieu du verre et de l'acier), avec des toits hauts et les surplombs qui créent de l’ombre aux fenêtres sont plus frais en été.

Les murs de protection thermique utilisant des éléments de conception traditionnelle comme le Jaali (double peau) et les dissipateurs de chaleur à base de baoli (puits) sont utilisés dans les conceptions modernes.

Même des ajustements mineurs tels que l'orientation d'une maison contre le soleil et l'utilisation d'une peinture réfléchissante blanche sur le toit peuvent refroidir les intérieurs de plusieurs degrés sans consommer d'énergie. Construire une maison de façon à profiter des arbres afin qu'elle ne soit pas directement exposée au soleil peut être d'une certaine utilité.

Les refroidisseurs évaporatifs qui consomment moins d'électricité peuvent être utilisés puisque l'eau est utilisée pour refroidir l'air. De simples rideaux humides faits de jute et d'herbe peuvent également faire baisser la température. Pour la chaleur humide, concevoir des caractéristiques favorisant le flux d'air, séparant les installations de lavage et de cuisson est aussi une solution.
 
De nouvelles technologies de construction alternatives sont également en cours de développement. Tout comme des conceptions de refroidissement géothermique qui pourront refroidir les maisons sans utiliser d'énergie fabriquée. L'approche ingénieuse consiste à transférer la température fraîche et stable du sous-sol terrestre (12 degrés Celsius) dans les maisons en utilisant des conduites d'eau souterraines.

Changements de style de vie

Des changements de style de vie simples peuvent également faire une grande différence. Les méthodes les plus courantes pour rester au frais sont à base d'eau : transporter des bouteilles d'eau et rester hydraté. Des aliments légers à faible teneur en protéines et riches en eau - yaourt, fruits aqueux et légumes - fournissent des liquides et des électrolytes perdus par la transpiration.

Éviter le surmenage pendant les pics de chaleur de l'après-midi peut sauver des vies. Des vêtements clairs, amples et aérés, portés depuis longtemps dans les régions désertiques et les climats historiquement chauds, peuvent garder le porteur plus au frais que les vêtements moulants. Des matériaux plus récents sont également conçus pour rffraîchir le porteur.
 
En outre, les sources d'énergie disponibles pour répondre aux exigences de la vie quotidienne doivent être diversifiées - et vite. Celles-ci incluent des panneaux solaires hors réseau pour fournir l'électricité pour l'éclairage ou pour les petits appareils et l'utilisation croissante de l'énergie renouvelable comme l'énergie éolienne qui peut alimenter le réseau électrique.
 
Pour sûr, la climatisation continuera à aider ceux qui y ont accès et qui peuvent se le permettre. Les abris climatisés peuvent aussi sauver des vies lors d'alertes de chaleur et d'urgences aiguës. Mais en termes de réponses globales, les solutions d'adaptation à la chaleur à forte consommation d'énergie qui ont fonctionné en occident pourraient être évitées dans les pays en développement. Et la climatisation associée à l'efficacité énergétique, utilisant l'énergie photovoltaïque et les pompes à chaleur à courant continu et à onduleur inversé deviennent courantes.
 
Une solution durable  dans les régions exposées à la chaleur pourrait être trouvée en tirant parti de la technologie intelligente, des méthodes traditionnelles peu coûteuses qui nécessitent peu d'énergie et des technologies d’efficacité énergétique. À l'avenir, l'énergie renouvelable est essentielle pour aider à prévenir d'autres changements climatiques et permettre une adaptation durable aux conséquences du réchauffement climatique.
 
Une meilleure qualité de vie est possible avec une consommation d'électricité plus faible - un refroidissement moins coûteux et plus respectueux de la planète.
 
Gulrez Shah Azhar est un ancien élève d'Aspen New Voices. Il est chercheur assistant à la RAND Corp., une organisation non-partisane et à but non lucratif et doctorant à la Pardee RAND Graduate School aux Etats-Unis.
 
Cet article a été produit par l’édition Asie et Pacifique de SciDev.Net.