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Nous sommes au début des années 1990, dans un village situé à 280 km au sud-est de Dakar.
 
A Dielmo, un hameau ancré sur la rive marécageuse du fleuve Nema, un mauvais génie s’amuse à se "repaître" de bébés de moins de deux ans.
 
Plusieurs enfants sont partis sitôt nés et l’angoisse se lit sur les visages terrifiés des villageois.
 
Un mauvais esprit, une sorte de mauvais génie passe de manière saisonnière arracher des hordes de nourrissons à l’affection de leurs parents.
 
Les villageois ne peuvent, évidemment, attribuer ce pénible infanticide qu’à la présence d’un fleuve-esprit, la Nema, dont les eaux sèment affliction, deuil et désolation et vont jusqu'à ruisseler constamment jusque dans les yeux de parents éplorés.

“Pas plus que la tante ou l’oncle ne transmettent le paludisme, le soleil ne joue aucun rôle dans la transmission et le marabout ne le guérit pas.”

Cheikh Sokhna, chercheur à l'IRD

La Nema ne pouvait être que le seul coupable, d’autant plus que dans les villages voisins, l’ange de la mort s’arrêtait à bien moindre fréquence.
 
De plus, le fleuve-esprit-mangeur-d’enfants est situé à moins de cinquante mètres des premières cases du rivage…
 
Si les habitants de Dielmo croient être victimes du cours d’eau, leurs voisins des autres villages sont convaincus que les vrais mangeurs de bébés sont les habitants eux-mêmes. Alors, au crépuscule, après les travaux champêtres, ils contournaient le village maudit, pour ne pas être victimes d’un mauvais sort…

Usine à moustiques

Vingt-cinq ans plus tard, Cheikh Sokhna, directeur de recherche à l’Institut de Recherche pour le Développement (IRD), raconte, en marge du Sommet du Millenium Initiative on Malaria (MIM), le mois dernier, à Dakar :
 
"Les équipes médicales arrivées sur place ont prélevé l’urine de cinquante enfants pris au hasard. Après analyse, elles ont réalisé que tous étaient porteurs du parasite du paludisme, à cause de la proximité du fleuve Nema, devenu, pour l’occasion, une véritable usine à moustiques."
 
Les médecins, poursuit Cheikh Sokhna, se sont donc installés dans le village et ont commencé à traiter les enfants.
 
En vingt-cinq ans de présence, seulement cinq décès dus au paludisme ont été enregistrés chez les nourrissons.
 
Apparemment, les hommes en blouse avaient réussi à apaiser le gros appétit de l’esprit infanticide.
 
L’histoire de Dielmo illustre à souhait certaines des pesanteurs dans le cadre de la lutte anti-vectorielle ; malheureusement, celles-ci sont répandues sur le continent et contribuent sans doute à handicaper le travail des équipes médicales sur le terrain.
 
Dans plusieurs pays de la région, même ceux où les religions monothéistes dominent les croyances, le premier réflexe face à la maladie est de soupçonner la grand-mère, la tante ou l’arrière-grand-mère jeteuse de sorts.
 
Cheikh Sokhna estime que cette attitude nuit à la lutte contre le paludisme.
 
Au-delà des considérations spirituelles et ésotériques, des idées reçues ont la peau dure au sein de la population d’Afrique sub-saharienne.
 
Il existe ainsi encore des gens qui sont convaincus que le moustique peut transmettre le VIH/Sida.
 
Pour Cheikh Sokhna, ceci est absurde, dans la mesure où le moustique ne transporte pas le sang d’un organisme à l’autre.
 
"Il transmet le parasite du paludisme par la salive", précise le chercheur.
 
Il en va de même de ceux qui croient que le paludisme est provoqué par une trop forte exposition au soleil.
 
Au Bénin, par exemple, certaines expressions dans les langues locales, font encore référence au paludisme, en lui donnant la dénomination de "maladie du soleil."
 
"Pas plus que la tante ou l’oncle ne transmettent le paludisme, le soleil ne joue aucun rôle dans sa transmission et le marabout ne le guérit pas", martèle Cheikh Sokhna.
 
"Si vous ressentez des symptômes du paludisme, le premier réflexe, sauf respect aux croyances de chacun, doit être d’aller dans un centre médical, pas chez le marabout", insiste le chercheur.
 
"Ceci n’est pas une prise de position par rapport aux croyances des uns ou des autres, juste un conseil de santé, sur la base des connaissances scientifiques", conclut-il.