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"Notre principale difficulté, comme c'est le cas pour toute jeune entreprise, c'est le besoin de capitaux". En se confiant ainsi à SciDev.Net, William Elong, le directeur général de Will & Brothers réitère une préoccupation qu'il avait déjà exprimée en février dernier à l'occasion de la présentation officielle des drones "made in Cameroon" au gouvernement camerounais.

A cette occasion, il avait en effet martelé que la start-up avait besoin de deux millions de dollars (un milliard de FCFA) de financements pour pénétrer les marchés européen et américain, afin de rivaliser à armes égales avec les grands fabricants occidentaux, avec pour ambition affichée de devenir "l'une des meilleures du monde".

Pour cela, son équipe travaille d'arrache-pied et l'ambiance studieuse de cette salle rappelle celle des grandes firmes où les travailleurs sont tellement absorbés par leurs tâches qu’ils ne voient pas entrer le visiteur.
 
Autour d’une table, cinq jeunes gens ont les yeux rivés chacun sur leur écran d’ordinateur où défilent des codes et des séries de chiffres incompréhensibles pour le profane.
 
Sur l’un des écrans, l’on peut voir un monsieur procéder, dans un champ, au lancement d’un drone qui, avec ses deux ailes, ressemble à un autre qui repose dans cette pièce du 6e étage d’un immeuble situé dans un quartier calme de Douala, au Cameroun.

“Beaucoup d’entreprises ou d’agriculteurs ne sont pas intéressés par l’idée d’acheter un drone. Ce qui les intéresse, c’est de louer un drone pendant un temps donné pour une mission ponctuelle.”

William Elong, promoteur de Drone Africa

Au milieu de la table, un autre drone, en plein assemblage, occupe toute la place, avec ses quatre bras au bout desquels des hélices sont déjà fixées.
 
"Nous sommes ici dans la salle technique de Drone Africa et là, il s’agit d’un quadricoptère [1] que nous avions déjà monté et que nous sommes en train de perfectionner à travers des mises à jour", explique Yves Tamu, responsable technique chez Will & Brothers, la société mère de Drone Africa, une start-up spécialisée dans le montage et l’exploitation de drones civils au Cameroun.
 
Selon ce dernier, ces drones peuvent être utilisés dans des domaines aussi variés que l’agriculture, la surveillance, la cartographie, l’événementiel, etc.
 
"Dans le domaine de l’agriculture par exemple, il permet de cartographier les espaces agricoles à travers les prises de vues aériennes. On a des logiciels qui analysent ensuite les photos et donnent des résultats suivant les spécificités demandées", ajoute Yves Tamu.
 
Créée en 2015 suite à un crowdfunding [2] à succès (plus de 120 millions de FCFA levés), l’entreprise est née du constat de son promoteur, William Elong, déjà connu en ce moment-là comme le plus jeune diplômé de l’histoire de l’Ecole de guerre économique de France d’où il est sorti en 2013 âgé de 20 ans seulement, après avoir décroché quelques années plus tôt son baccalauréat au Cameroun à l’âge de… 15 ans.
 
"L’idée est née pour répondre à des problématiques de cartographie au Cameroun. J’avais constaté que dans notre pays, on a du mal à avoir des cartes de qualité ou à faire de l’agriculture de précision", confie l’intéressé à SciDev.Net.
 
Services
 
Bien sûr que pour cela, on peut acheter sur le marché des drones importés. Mais, "le coût des drones est extrêmement élevé. Pourquoi ne pas les fabriquer en Afrique ?", se demande le jeune homme.
 
C’est pour relever ce défi que cet inventeur de 25 ans a décidé de retourner dans son pays malgré les opportunités qui s’offraient à lui en Europe, profitant de soutiens divers, y compris celui de l’Etat du Cameroun.
 
A présent, une vingtaine de collaborateurs travaillent pour cette start-up qui, d’après son promoteur, est davantage une entreprise de services qu’une entreprise de produits, parce que c’est plus le service que le produit qui a de la valeur ajoutée.


 
Et d'expliquer : "beaucoup d’entreprises ou d’agriculteurs ne sont pas intéressés par l’idée d’acheter un drone. Ce qui les intéresse, c’est de louer un drone pendant un temps donné pour une mission ponctuelle et un besoin précis".
 
Martin Luther Olinga est cadre dans une entreprise agricole qui exploite, entre autres, des drones fabriqués par Drone Africa. Selon lui, ces appareils aident à gagner du temps et à réduire la pénibilité dans la production agricole.
 
"La carte qu’ils fournissent permet par exemple de tracer les routes pour évacuer plus facilement les produits de la plantation et aussi de voir à partir de quel point d’une rivière l’on peut tirer de l’eau pour l’irrigation", dit-il.
 
Autonomie
 
Par ailleurs, poursuit-il, "lorsqu'on a une grande superficie, l’usage du drone permet d’épandre les pesticides en peu de temps. Ce qui évite de porter le pulvérisateur sur le dos et de parcourir des kilomètres, tout en aspirant ces produits souvent nocifs pour la santé".
 
Seulement, regrette Martin Luther Olinga, les drones d’une manière générale posent un problème de fragilité et d’autonomie : "leur autonomie est de 20 minutes. Si on pouvait avoir des drones qui puissent travailler pendant une heure ou une heure et demie sans interruption, ça nous aiderait beaucoup".
 
Pour le futur, Drone Africa voit grand et projette, parmi d’autres projets, d’entrer de plain-pied dans le domaine de l’intelligence artificielle.
 
"C’est l’avenir de l’humanité, justifie William Elong. C’est une thématique de pointe qui va totalement changer la façon dont les êtres humains interagissent. Il s’agira de permettre aux drones de détecter des véhicules ou des animaux par exemple pour la lutte contre le braconnage".
 
Accompagnement
 
Une ambition qu’encourage Protais Ayangma, président d’Entreprises du Cameroun (ECAM), le deuxième syndicat patronal du pays et vice-président de la Chambre de Commerce, d’industrie, des mines et de l’artisanat du Cameroun.
 
Pour lui, les chances de réussite des start-ups comme Drone Africa "sont grandes, surtout que leurs coûts sont très compétitifs et qu’elles possèdent un véritable savoir-faire".
 
Au passage, il invite ces jeunes pousses à "être plus conquérantes et ne pas se limiter au Cameroun".
 
Pour cela, dit Protais Ayangma, ECAM soutient l’innovation à travers le Grand Prix de l’Innovation lancé en 2015 qui permet de primer les trois projets les plus innovants, mais aussi à travers une conciergerie et une incubation qui offre un accompagnement aux start-ups.

Références

[1] Engin volant avec quatre hélices exerçant une poussée verticale.
[2] Financement participatif