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[ANTANANARIVO] Une nouvelle coopération d’envergure impliquant le Fonds international pour le développement agricole (FIDA), le Réseau international sur le bambou et le rotin (INBAR) et la Chine entend promouvoir la filière bambou en Afrique, à une échelle plus grande au cours des prochaines années.

Le Cameroun, l’Ethiopie, le Ghana et Madagascar ont été sélectionnés à cette fin, selon une annonce faite le mois dernier (25 juin) lors du Global Bamboo and Rattan Congress (GBRC) 2018 à Beijing, Chine.

"Seul le Cameroun est nouveau dans la liste. La convention était déjà signée en avril", indique Njaka Rajaonarison, coordonnateur de l’INBAR à Madagascar.

La collaboration porte sur la densification de la plantation de bambou dans les pays concernés, la multiplication des pépinières pour la production des jeunes plants, le renforcement des capacités, la promotion industrielle et la création d’emplois, conformément à l’esprit de l’Agenda 2030 des Nations unies, de l’Agenda 2063 de l’Union africaine et surtout de la lutte contre le réchauffement planétaire, eu égard à l’Accord de Paris sur le climat.

“Une fois traitées, les tiges de bambou ont une valeur mécanique améliorée leur conférant une longévité de 35 ans.”

Jean-Yves Razafindrakoto - Responsable de la filière bambou au sein du programme PROSPERER

La vulgarisation de la filière en Afrique a commencé à connaître un dynamisme palpable ces dernières années.

Sur la Grande île, elle a été depuis 2010 l’œuvre du partenariat entre le FIDA, l’INBAR et l’Union européenne, via le Programme de soutien aux pôles des microentreprises rurales et aux économies régionales (PROSPERER).

"Le nouveau programme récemment dévoilé en Chine s’appuie sur les acquis des réalisations dans le domaine. Elles devraient s’intensifier", déclare à SciDev.Net Jean-Yves Razafindrakoto, le responsable de la filière bambou au sein du PROSPERER.

Dorénavant, les vingt-deux régions de développement de Madagascar seront toutes touchées – en tenant compte de la différence des conditions physiques pour les variétés adaptées – alors que seulement neuf d’entre elles ont été considérées jusqu’ici.

"Les agents du ministère de l’Environnement, de l’Ecologie et des Forêts dans toute l’île bénéficieront de formations dès le mois d’août prochain", ajoute-t-il.

L’objectif est de planter 4.000 ha par an jusqu’en 2030, selon un document du gouvernement malgache.

La production de palettes et de briquettes de charbon de bambou permet de promouvoir l’utilisation de l’énergie propre - Crédit Photo : SDN/Rivonala Razafison.





Ceci équivaut à la production annuelle d’au moins 1,6 million de jeunes plants, à raison de 400 pieds par hectare, ce qui est susceptible d'être une aubaine pour les pépiniéristes, le prix de l’unité étant assez élevé.

"Pour accompagner le processus, le pays est doté d’un laboratoire moderne pour la production in vitro d’une moyenne annuelle de 150.000 plants. Le volume doit doubler à partir de 2019", précise Jean-Yves Razafindrakoto.

L’importation des graines et des jeunes plants conformes aux normes phytosanitaires s’impose pour combler le fossé.

Produit forestier non ligneux, le bambou a de nombreuses applications.

A Madagascar, deux maisons-témoins anticycloniques et résistantes à l’incendie, une en semi-dur et une autre entièrement en bambou, seront bientôt installées à Mananjary, pour convaincre les habitants de l’efficacité de cette plante pour résoudre les problèmes socioéconomiques des plus cruciaux.

Cette ville d’importance moyenne située sur la côte sud-est de l’île est régulièrement détruite par les cyclones durant les saisons des pluies (novembre-mai). Les incendies causés par les vents forts y sont aussi fréquents durant la période sèche (juillet-octobre).

Et d’évoquer d’autres bénéfices concrets comme la production de répulsifs anti-moustiques à base de bambou et de géranium, pour renforcer la lutte contre le paludisme, ainsi que la production de palettes/briquettes de charbon de bambou pour promouvoir l’utilisation de l’énergie propre.

"L’utilisation de ces types de combustible réduit les pressions sur les forêts et les dépenses dans l’achat du savon pour nettoyer les mains et les marmites. Elle libère également les femmes de la corvée de la cuisson. Il n’est nullement besoin de garder en permanence le foyer avec les palettes/briquettes de bambou", insiste Jean-Yves Razafindrakoto.

"Nous devons exporter 25 tonnes de charbon de bambou pour l’industrie cosmétique en Europe. Mais nous attendons encore l’autorisation officielle pour ce faire", ajoute-t-il.

"Des publications scientifiques doivent paraître sous peu sur les expérimentations réussies chez nous en matière d’aliments pour animaux à base de feuilles de bambou", révèle-t-il encore.

En revanche, la promotion de la filière bambou en Afrique, à l’instar de ce qui se passe à Madagascar, demande des mesures d’accompagnement.

La politique et la stratégie nationales, en élaboration depuis 2016, sont en attente de validation, alors que le véritable travail scientifique dans le domaine en est à ses balbutiements.

"Ma thèse [en géographie] sur le bambou a pour but de caractériser les essences existantes chez nous et de vérifier scientifiquement les rôles de cette plante dans la séquestration du carbone", explique Onitsoa Mahalinirina, de l’université d’Antananarivo.

Avec son amie Ravaka Rabariarivelo, une autre doctorante travaillant sur la même thématique, elle constate que la phase de développement de la filière est encore "embryonnaire" en ce qui concerne la valorisation et la rentabilité pour la population.

"Les communautés concernées par la filière sont encore minoritaires et très localisées", concluent-elles.